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Géorgie et OTAN : la méthode des petits pas

En juin  dernier, une école  (DIB)[i]  pour  soutenir la modernisation des forces, des institutions et des structures de défense et de sécurité de la Géorgie a été ouverte  dans le cadre de  la coopération entre la  Géorgie et l’OTAN. L’objectif est clairement affiché, il s’agit d’aider la Géorgie pays à progresser sur la voie de l’adhésion à L’OTAN.[ii] Cette école cherche le statut d’entité institutionnelle accréditée par l’OTAN. Cette initiative, passée de manière relativement inaperçue, est une étape de plus de la stratégie des petits pas des Etats -membres et de l’OTAN pour élargir l’OTAN. 

La création de cette organisation, est aussi à mettre en parallèle avec la visite régulière des navires de guerre des Etats-Membre de l’OTAN dans les ports géorgiens. en Mer Noire mais aussi les manœuvres militaires de l’OTAN en Géorgie (Partenaire noble 2020 Etats-Unis, de France, de Grande-Bretagne et de Pologne[iii]). De plus, lors du sommet de l’OTAN le 14 juin 2021, les Etats membres ont réaffirmé leur  attachement à la politique de la porte ouverte de l’OTAN.  

L’objectif géopolitique, hier comme aujourd’hui pour certains Etats-membre de l’OTAN, est donc d’envisager à l’avenir pour les pays participants au partenariat pour la paix de l’OTAN,  une nouvelle vague d’élargissement de l’OTAN, notamment la Géorgie, mais aussi l’Ukraine et la  Moldavie.  

Cet objectif est perçu avec scepticisme au sein de l’OTAN, de la part de certains Etats membres notamment de la part de la France et de l’Allemagne mais reçoit un soutien plus fort  de la part de la Pologne, des pays baltes. Le nouveau président américain Joe Biden, face à la  demande pressante de l’Ukraine est resté plutôt très prudent et évasif. 

Cette volonté de pousser la Géorgie et l’OTAN à se rapprocher progressivement jusqu’à ce que la période soit plus favorable à un élargissement de l’OTAN, butte pourtant sur les réalités géopolitiques, qui ne vont pas s’évaporer.

A la suite de la guerre Russie-Géogie en 2008, la Géorgie a de facto perdu l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie  car ces entités non reconnues par les Etats-membres de l’OTAN ont déclaré leur indépendance à l’issue de la guerre Russie-Géorgie en 2008. Ces deux entités accueillent aujourd’hui des bases militaires russes. Une éventuelle adhésion de la Géorgie à l’OTAN pourrait entrainer une demande d’activation de l’article V de l’OTAN, mais ne serait sans doute pas suivie d’effet, car aucun Etat européen ne souhaite entrer en conflit frontal avec la Russie. L’OTAN et l’article V en sortiraient même décrédibilisés.    

Si l’option de l’élargissement n’est pas crédible aujourd’hui, cela montre pourtant que cette option reste une possibilité pour le plus long terme, et pourrait éventuellement revenir à l’agenda européen dans un moment plus propice afin de passer outre les réticence des États membres comme la France et l’Allemagne pour l’instant opposés à ce scénario.

En Géorgie, comme en Ukraine,  en s’engageant toujours plus au delà de ses frontières, dans les pays de l’ex-URSS, l’OTAN prend le risque de se trouver impliquée dans  les discontinuités géopolitiques issues des frontières géo-historiques qui jalonnent le continent eurasien : elle affaiblit la sécurité européenne  et augmente les risques de conflits avec la Russie.  

Cet activisme aux frontières de la Russie a pour effet de renforcer les tensions en Géorgie comme dans le pourtour géographique de la Russie. L’extension continue de l’OTAN et de l’Union européenne est de nature à aggraver la sécurité européenne par l’obsession de la plupart des nouveaux membres à instrumentaliser l’OTAN et l’UE par des politiques hostiles à la Russie, avec la connivence des gouvernements des anciens États membres les plus atlantistes et les États-Unis. Ce serait particulièrement le cas avec une extension de l’Union européenne et de l’OTAN à l’Ukraine, à la Géorgie et à la Moldavie. Ce scénario ne contribuerait ni à la sécurité européenne, ni à la poursuite de la finalité d’une Europe politique et souveraine.

Pour une résolution des différents « conflits gelés » sur le flanc oriental de l’Europe et dans le pourtour de la mer Noire,  la question  de la Géorgie avec l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie, mis aussi  la Transnistrie en Moldavie,  le Donbass, le Haut-Karabagh, dont les finalités ne sont  toujours pas déterminées, la négociation d’une nouvelle architecture de sécurité européenne et eurasienne de sécurité reste donc pertinente à l’avenir. Il est illusoire de croire à la résolution des différents conflits au cas par cas, car ils font partie d’une problématique systémique plus large, la rivalité entre la Russie, les États-Unis ; les Européens membres de l’UE et de l’OTAN et la Turquie. Ils peuvent être réactivés à tout moment en fonction des évolutions des rapports de force.

Il serait donc judicieux d’annoncer l’arrêt définitif de l’extension de l’Union européenne et de l’OTAN vis-à-vis  de la Géorgie, l’Ukraine, la Moldavie l’Azerbaïdjan et de l’Arménie pour lever toute ambiguïté aujourd’hui savamment entretenue pour assurer la sécurité des Européens et ne pas faire perdurer de dangereuses illusions.   


[i][i] DIB: Defenser Institution Building School.  Des  conseillers ont été  mis à disposition par l’Allemagne et la Slovaquie ainsi qu’un soutien  de l’Institut Clingendael des Pays-Bas, The Royal United Services Institute (RUSI) du Royaume-Uni, et  le Jefferson Institute des Etats-Unis.   https://dibs.mod.gov.ge/EN

[ii] https://www.nato.int/cps/fr/natohq/news_185834.htm?selectedLocale=fr

[iii] https://www.lefigaro.fr/flash-actu/la-georgie-accueille-d-importantes-manoeuvres-de-l-otan-20200907

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