http://www.eurocontinent.eu/wp-content/themes/eurocontinent

CODIV19: Un Virus très Géopolitique – Pandémie et Rivalité des Puissances

La nouvelle crise mondiale provoqué par la pandémie du virus CODIV19 pose pour l’instant plus de questions qu’elle n’apporte de réponses, mais on peut déjà affirmer que ce virus est un virus géopolitique, dans le sens ou les débats autour de cette crise sont de nature géopolitique, mêlant enjeux de santé et enjeux de pouvoir à un niveau jamais atteint précédemment (l’avis des historiens serait aussi utile).

Toute crise est révélatrice des rapports de forces géopolitiques à l’échelle mondiale, et dévoile en partie les objectifs souvent implicites des acteurs en rivalité. Une crise peut-être déclenchée volontairement ou surgir de manière inattendue et ensuite être instrumentalisée  pour modifier la hiérarchie du pouvoir, toujours mouvante.

Il est évidemment encore trop tôt pour faire des conclusions définitives sur les différents thématiques relatives à cette pandémie du CODIV19, et il n’y en aura probablement jamais. Nous en sommes au niveau des hypothèses, mais il est important de garder un regard critique sur toute affirmation, y compris les avis des experts ou du personnel politique.

Depuis des années les stratégistes ont émis l’hypothèse que les prochaines crises pourraient provenir autant des risques naturels que des risque industriels ou sanitaires inhérents aux société humaines, mais aussi de la menace, c’est à dire la surprise stratégique au moyen d’une offensive hybride de la part d’un ennemi, avec l’utilisation et la combinaison de nouvelles armes, y compris biologiques[1]. La guerre de communication semble aussi aujourd’hui prendre de plus en plus d’ampleur dans les crises actuelles et les instrumentaliser quelle que soit leur origine, accidentelle ou provoquée. Face à chaque crise, tous le scénarios doivent être pris en considération, sans tabous, et sur la durée.

L’origine animale du virus à l’origine de la pandémie est l’hypothèse principale qui est mise en avant par l’OMS[2], mais la réponse ne serait pas définitive[3]. Il sera aussi nécessaire d’examiner cette question plus en détail et avec plus d’informations,

Sans se préoccuper des origines précises de cette pandémie, on observe toutefois que cette crise est déjà en cours d’instrumentalisation dans le cadre des rivalités géopolitiques mondiales et la guerre de communication qui l’accompagne.

L’apparition du Coronavirus révèle les rapport de forces en mouvement à l’échelle mondiale et les projets géopolitiques antagonistes derrière l’enjeu de santé immédiat qui se répercutent sur les décisions, notamment sur la question des frontières.

On note une approche clairement différente entre les promoteurs de la société ouverte et ses bénéfices économiques, pour qui les victimes sont un effet collatéral de la nécessaire poursuite de la mondialisation et les adeptes de la maîtrise du territoire au niveau national selon le principe de précaution.

Le message passé en boucle que « le virus n’a pas de frontières »  par les promoteurs de l’Europe intégrée, démontre jusqu’où l’idéologie peut aller dans l’absurdité. Comme si le virus traversait la frontière avec le vent, les ondes, les oiseaux, internet on ne sait jamais. Le virus ne connait pas de frontières, précisément si les citoyens infectés par le virus traversent impunément cette frontière. La frontière est un filtre nécessaire pour  la sécurité d’une nation, un instrument central de souveraineté et de maîtrise du territoire, et donc facteur de civilisation.

Dire que fermer les frontières ne sert à rien est un prétexte. pour maintenir un système ouvert dans la durée, après des restrictions temporaires. Ursula von der Leyen, la présidente de la commission européenne, elle même gardienne du Système Schengen, a critiqué les décisions de fermeture des frontières des Etats membres en ordre dispersé[4]. Dans un communiqué commun avec le président du Conseil européen Charles Michel, elle avait auparavant critiqué la décision de Donald Trump de fermer les frontières en provenance de l’espace Schengen, sans consultation préalable. La crise transatlantique issue des divergences entre l’unilatéralisme de Donald Trump et le multilatéralisme de l’UE, mais aussi l’importance des frontières, s’est encore renforcé. Cet épisode a aussi montré que contrairement aux Etats-Unis, l’UE ne sera jamais un Etat en mesure de prendre des décisions souveraines.

De nombreux Etats membres de l’UE n’ont pas attendu non plus la coordination demandée par la Commission et la France. Après bien des tergiversations, les frontières ont finalement été fermées ou contrôlées, non seulement entre l’espace Schengen et le reste du monde, mais aussi entre la plupart des Etats membres de l’UE. Toutefois, tandis que de plus en plus de pays confinent leur population, les Pays-Bas et le Royaume-Uni ont misé sur une stratégie « d’immunité collective[5], et s’ils persistent, deviennent ainsi un risque pour les autres Etats membres qui n’ont pas choisi cette stratégie si les frontières ne restent pas fermées pendant une très longue période. En fonction de l’interprétation des résultats de tel ou tel modèle, le débat sur la société ouverte reprendra de plus belle et ses promoteurs n’abandonnerons pas leur quête d’un  monde ouvert, mondialisé et hors sol, qui produit pourtant de plus en plus de dégâts, cette nouvelle crise en est pourtant l’illustration éclatante.

La décision de fermeture des frontières est  aussi trop tardive et aurait dû être prise depuis plus longtemps face à la crise migratoire qui n’avait en réalité jamais été circonscrite. Cette question a aussi donné lieu à un désaccord franco-allemand[6]. Après la décision de l’Allemagne de contrôler ses frontières, le gouvernement français, qui avait appelé à un feu vert préalable de l’UE a cherché par la suite à donner l’illusion d’une décision concertée. L’Allemagne a anticipé avant la France en marquant sa souveraineté, sans entente bilatérale ou européenne préalable. D’autre part, la rhétorique guerrière du gouvernement français, confondant risque et menace, se démarque de la sobriété allemande.

Comme lors de la crise migratoire, l’UE a donc été dans un premier temps marginalisée avec la crise du CODIV19, démontrant qu’elle poursuit son processus de fragmentation géopolitique inéluctable en raison des désaccords entre Etats membres et des idéologies quelle porte en déphasage avec le nouveau contexte mondial. Dans un deuxième temps, l’UE va toutefois chercher à jouer un rôle de coordination entre les Etats membres[7], notamment pour la fermeture de l’espace Schengen, pour l’élaboration de réponses communes en matière socio-économique face à la crise qui va suivre, mais aussi en matière de santé avec l’élaboration d’un vaccin.  Face aux crises, l’UE n’émerge donc toujours pas comme acteur central au niveau des décisions face à l’urgence. La clause de solidarité, introduite par l’article 222 du traité de Lisbonne[8]  et qui permet une coopération renforcée en cas d’attaques terroristes ou de catastrophes naturelles et humaines, n’a même pas été invoquée. Les promoteurs du supranationalisme aimeraient transférer le pouvoir aux instances multilatérales comme l’UE ou l’ONU et déposséder les Etats-nations de leurs prérogatives et souveraineté, alors que ces organisations n’auront jamais les moyen de protéger efficacement les citoyens. Le discours qui oppose frontières nationales et coopération est fallacieux et idéologique.

Toutefois, il est à craindre que les dogmes dominants de la société ouverte qui ont eu pour effet d’aggraver la crise ne s’imposent à nouveau au sein de l’UE, une fois la crise surmontée. La libre circulation des personnes et le maintien des frontières ouvertes, mais aussi l’idéologie du libre-échange devront nécessairement être réévalués lorsqu’il faudra tirer les leçons de la crise et  trouver des réponses communes  entre Etats membres dans la durée. Il sera difficile d’y arriver sans une réforme des fondements et des paradigmes de l’UE. Les crises antérieures n’incitent pas à l’optimisme mais la suspension du pacte de stabilité de l’UE[9] et la décision de la Banque centrale européenne d’un plan d’urgence de 750 milliards d’euros[10]  montre que face à cette nouvelle crise, les ruptures systémiques sont envisageables. L’effet de ces mesures vis à vis du risque d’une disparité économique croissante entre les Etats de la zone euro et  la viabilité de la monnaie unique européenne est encore inconnu.  Les crises vont toutefois se succéder et s’additionner dans la monde marqué par les rivalités géopolitiques croissantes, Le projet européen fera face à un état de crise permanent qui sera l’aiguillon de la réforme, ou de son évaporation.

Le cas de Taïwan, un territoire très proche de la Chine mais avec un nombre très faible de personnes affectées par le virus est très intéressant[11]. Il démontre que la suppression des flux de personnes, l’exclusion, le confinement et l’exploitation du big data sont très efficaces comme mesure d’anticipation[12]. L’enjeu central pour faire face à une telle crise, est donc bien la maîtrise du territoire et  le contrôle des frontières, et cela va évidemment à l’encontre de la société ouverte

La maîtrise du territoire, qui est le préalable à la souveraineté, est une combinaison de mesures incluant limites à la liberté de circulation des personnes, voire fermeture, et récolte et exploitation des informations aux frontières et  dans la profondeur du territoire avec les nouvelles technologies, la reconnaissance faciale, et la traçabilité des mouvements des citoyens sur le territoire. Une autre leçon de cette crise, le big data et l’intelligence artificielle seront des outils incontournables de souveraineté pour la géopolitique du futur !

La pandémie a aussi pour résultat d’hystériser les débats sur les questions immédiates et d’occulter les enjeux de plus long terme. La pandémie du Coronavirus en elle-même se transforme en enjeu géopolitique, car une nouvelle hiérarchie du pouvoir mondial va émerger à la suite de cette crise. Dans le contexte de la rivalité des puissances, cette crise confirme l’évolution vers un élargissement des facteurs de puissance. La santé et la possession d’un vaccin, (ou d’une arme biologique, le grand tabou) mais aussi la manière dont on gère la crise et communique, discrédite les rivaux pour ensuite promouvoir et imposer un modèle politique sur son propre territoire ou sur celui des autres, deviennent des facteurs de puissance, comme l’outil militaire, économique, énergétique…

Pendant que les débats se focalisent surtout sur les enjeux immédiats de santé, la guerre géoéconomique se profile derrière cette pandémie. Une société allemande de fabricants de vaccins (CureVac) travaillant sur un vaccin contre le Coronavirus a fait l’objet d’une tentative de prise de contrôle par le gouvernement américain[13]. Celui-ci aurait cherché à délocaliser le laboratoire aux Etats-Unis afin de s’approprier les résultats de ses recherches. Le gouvernement allemand s’est déclaré opposé à cette prise de contrôle et a accusé le gouvernement américain de vouloir monopoliser un éventuel vaccin au seul bénéfice des Etats-Unis, tandis les Allemands ont annoncé vouloir en faire bénéficier tous les Européens.

Le virus renforce donc la guerre géoéconomique entre l’Allemagne et les Etats-Unis.

La guerre de communication qui émerge épouse aussi les rivalité géopolitiques mondiales, et particulier, entre les Etats-Unis et la Chine. Les Etats-Unis et leurs relais atlantistes ont commencé par accuser la Chine d’être la responsable de ce nouveau désordre mondial, en accusant la non-transparence et la volonté du gouvernement de dissimuler l’épidémie. Certains médias américains ont aussi diffusé la narratif selon lequel le virus provenait d’un laboratoire chinois à Wuhan, information considéré comme fake news par d’autre médias[14]. Les Chinois on demandé en retour aux Etats-Unis de répondre à leurs soupçons attestant d’une l’origine américaine du virus[15]. Les Chinois soulignent qu’une délégation militaire s’était rendue à Wuhan en octobre pour les Jeux mondiaux militaires (organisée tous les quatre ans), lieu d’éclosion de l’épidémie selon l’OMS. Sur la question de l’origine du virus, les grands médias en Europe collent assez largement au narratif provenant des  Etats-Unis, avec pour effet d’accélérer l’émergence d’une alliance occidentale contre la Chine. Les accusations réciproques des acteurs dans ce contexte de rivalité stratégique ne repose sur aucune preuve, mais c’est la dégradation de l’image du rival qui compte. Le think tank américain Atlantic Council a même proposé d’invoquer l’article 5 de l’OTAN pour lutter contre le virus « d’origine Chinoise » ont-ils bien précisé, afin de renforcer l’unité transatlantique mise à mal par manque de solidarité initiale du président Trump vis à vis des Européens, les dissensions internes à l’UE et contrer l’influence chinoise qui augmente avec ses gestes de solidarité croissants vis à vis de certains Etat-membres de l’UE [16].

Les Taïwanais de leur côté estiment que s’ils ont des bons résultats dans leur lutte contre la propagation du virus, c’est parce qu’ils ne sont pas membres de l’OMS qui aurait subit les pressions des Chinois pour ne pas recommander la fermeture des frontières[17].

La guerre de communication entre les Etats-Unis et la Russie et la poursuite de la fabrique médiatique d’une nouvelle guerre froide, n’a non plus pas tardé à éclater. Certains médias américains n’ont pas tardé à craindre une manœuvre russe pour semer la discorde aux Etats-Unis, par anticipation et sans éléments tangibles, mais en se référant principalement aux multiples crises de la guerre froide[18] Suite aux accusations de la part Américains de propager de propager des fake news sur l’origine du virus, les Russes les ont accusé en retour de divulguer de fausse allégations[19]. Le président russe a aussi déclaré qu’une campagne de désinformation était à l’œuvre depuis l’étranger pour faire croire à un nombre plus élevé de malades en Russie (le nombre de cas reporté est pour l’instant très faible comparé à la Chine, l’Europe et les Etats-Unis) pour semer la panique dans le pays[20].

L’UE n’a pas tardé à s’engager de concert avec les Etats-Unis dans cette guerre de communication pour accuser la Russie. La presse européenne a largement repris le narratif de l’UE qui accuse la Russie d’avoir initié une campagne de désinformation à propos de la pandémie afin de déstabiliser les sociétés européennes dans un rapport non publié du service de communication stratégique du service européen pour l’action extérieure[21]. Ce document est évidemment non accessible au public mais il a été distribué à certains médias pour engager une opération de communication destinée à ternir l’image de la Russie. La Russie a répliqué en soulignant le caractère non fondé des ces allégations[22]. Un  document public issu de l’unité  du service européen pour l’action extérieure de l’UE chargée de combattre la désinformation provenant de la Russie (East Stratcom Task Force) a quand a lui listé dans les médias russes des éléments sur cette crise quelle considère comme des fake news[23]. Il apparait en réalité que ces informations sont très disparates et variées, et ne différent pas des hypothèse aussi farfelues et des fake news publiées par les médias au sein de l’Union européenne et aux Etats-Unis, mais seule la Russie est singularisée dans ce document. A partir de cette méthode biaisée, l’UE produit son propre narratif fallacieux qui vise à ternir l’image de la Russie et promouvoir l’idéologie euro-atlantiste et exclusive. Sur l’aspect politique, les médias européens ont eux-mêmes aussi pourtant largement insisté sur les désaccords transatlantiques, le manque de solidarité entre Etats membres de l’UE, les désaccords politiques profonds face à la gestion tardive et désordonnée de la crise et souvent le déni de réalité par idéologie libérale de la part des gouvernements et de la bureaucratie de l’UE.

L’Europe n’a pas été épargnée non plus par les désaccords. La question du « patient zéro » , c’est à dire la provenance géographique du premier porteur du virus qui s’est ensuite répandu sur le territoire d’un autre Etat, a aussi fait l’objet d’une polémique entre les Allemand et les Italiens. Suite à la décision de l’Allemagne de fermer sa fermeture avec l’Italie, un médecin italien a déclaré que le patient zéro en Italie provenait d’Allemagne[24]. Les Européens soulignent aussi que le « patient zéro »  aux Etats-Unis, avait plus de chance de venir d’Asie que d’Europe[25]. Enfin, la Chine[26] mais aussi la Russie[27] et Cuba ont suppléé au manque de solidarité avec l’Italie de la part des autres Etats membres de l’UE[28] en envoyant des équipes de médecins et du matériel, notamment des masques  et matériel médical. Alors qu’ils ont répondu à la demande expresse du gouvernement italien déçu par la réaction de l’UE, ils ont ensuite été accusés de profiter de la défaillance de l’UE pour mener une campagne de communication et de promotion de leur modèle contre le système occidental[29]. Dans les Balkans, comme la Grèce[30], la Serbie, un Etat pivot a aussi fait appel à la Chine en dénonçant le manque de solidarité de l’UE[31].

Le virus a aussi bouleversé les plans de l’OTAN avec la réduction des manœuvres Defender-Europe 20  clairement dirigées contre la Russie[32]. Ces manœuvres, initialement prévues jusqu’en juin, ont d’abord vu leurs effectifs seulement réduites, alors que tous les Etats européens prenaient déjà des mesures de restriction à la libre circulation des personnes. Elles ont été finalement réduites [33] après bien des hésitations. Le 5 mars, le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg déclarait que la manœuvre se poursuivrait[34], alors même que l’accès au quartier général de l’OTAN à Bruxelles avant déjà été restreints en raison des risques de contagion. Le 13 mars, l’OTAN précisait encore que la manœuvre ne serait pas annulée dans sa globalité[35]. Plus de 5000 militaires américains étaient déjà arrivés sur le sol européen (plus de 20 000 soldats américains sur 37 000 devaient y prendre part). Ces manœuvres, qui avaient débuté fin janvier avec le débarquement des troupes et matériel en Allemagne devient se poursuivre jusqu’en juin en Pologne et dans les pays baltes avec la participation de plus de 18 pays. L’objectif de ces manœuvres était de tester l’état et améliorer les infrastructures pour la mobilité des troupes de l’OTAN, notamment de l’Allemagne vers l’Europe orientale, pour instaurer un « Schengen militaire » . Leur maintien selon le format initial, face à la crise actuelle, tout cela pour faire croire à une menace russe qui n’existe pas, aurait été extrêmement mal  perçu. Des manifestations organisée par la société civile allemande avaient été aussi planifiées contre ces manœuvres[36]. La Norvège avait déjà annulé la manœuvre Cold Response 2020 qui devait suivre Defender-Europe 20. Ces manoeuvres n’ont pas été annulées pour autant et se poursuivent néanmoins selon un format réduit, alors que les frontières ont été fermées et des mesures de confinement et de limitation strictes des déplacements ont été prises  pour les populations dans l’Union européenne.

En résumé, ce virus tombe à pic pour les acteurs qui cherchent à modifier les rapports de forces géopolitiques. La pandémie a jusqu’à présent renforcé la rivalité entre Etats, au lieu d’aboutir à plus de coopération internationale. La coopération internationale sera pourtant nécessaire pour surmonter cette pandémie. Les différentes stratégies des Etats constituent des laboratoires intéressants afin de s’inspirer des meilleures pratiques. Les Européens seraient bien avisés d’apprendre, examiner, puis s’inspirer et adapter à leur caractéristiques nationales, non seulement à partir des erreurs initiales commises en Chine, mais aussi des idées intéressantes issues de pays qui n’étaient pas les plus proches en termes d’alliances géopolitiques, la Chine comprise car lieu d’origine de la pandémie, mais aussi Taïwan, la Corée du Sud, et évidemment la Russie, seul Etat de civilisation européenne dont le territoire est à cheval sur l’Europe et l’Asie. Il apparait que ces pays sont bien plus avancés que les Européens en terme de maitrise du territoire, de contrôle des frontières et traçabilité de la pandémie dans la population grâce à la digitalisation et l’exploitation du big data. La nouvelle frontière de la géopolitique est le big data et l’intelligence artificielle. Le manière dont la  Russie va  réagir sur le plan économique à la crise économique mondiale qui va suivre la pandémie sera aussi particulièrement intéressant à suivre. Il est très probable que la Russie absorbe mieux le choc économique après sa plus grande isolation vis à vis des marchés financiers internationaux et des circuits d’importations[37]. C’est grâce à sa politique d’accumulation de réserves financières mais aussi sa politique de substitution de produits issue de l’agriculture quelle a entreprit à la suite des sanctions à son encontre depuis la crise de 2014 en Ukraine que la Russie pourra sortir plus vite de la crise. En matière de politique de souveraineté économique, de renationalisation des secteurs stratégiques

Les Européens pourraient profiter de cette crise pour progresser en termes de politiques de résilience et de souveraineté économique mais de digitalisation  et développement de l’intelligence artificielle. Avec la crise du coronavirus, de nouvelles solidarités émergent inéluctablement à l’échelle eurasienne, notamment avec la Russie et la Chine. Plutôt que de mener un combat d’arrière-garde en se focalisant sur un euro-atlantisme exclusif qui vole de toute manière en éclat, les Européens seraient aussi bien avisés à élargir leurs alliances pour tirer avantage du monde multipolaire, tout en préservant leurs intérêts nationaux et leurs valeurs propres à leur civilisation.

Les Européens seront aussi en face de l’énorme défi, après avoir maitrisé la pandémie, d’affronter la crise économique et politique qui va suivre. C’est une opportunité pour réformer le projet européen qui est basé sur les paradigmes obsolètes de l’Union européenne comme la société ouverte, le sans-frontières, l’immigration de masse et la mondialisation libérale. Jamais l’adage du philosophe allemand, Carl Schmitt ne fut autant d’actualité : « Est souverain celui qui décide de la situation d’exception ». La coopération européenne est nécessaire, mais sur des bases différentes de l’idéologie d’intégration, qui en réalité n’a pas beaucoup fait progressé la solidarité européenne. L’enjeu sera désormais la redécouverte de la notion de souveraineté, de la maîtrise du territoire, le contrôle des frontières, le resserrement géographique (produire, travailler et consommer local dans la mesure du possible, ce qui implique un protectionnisme intelligent et la renationalisation dans certains domaines stratégiques) le rôle central de l’Etat et de la nation et la confiance des citoyens. Il apparait aussi urgent de développer en Europe une plus grande conscience géopolitique.

[1] https://eu.usatoday.com/story/news/factcheck/2020/03/21/fact-check-did-coronavirus-originate-chinese-laboratory/2881150001/

[2] https://www.who.int/csr/don/12-january-2020-novel-coronavirus-china/fr/

[3] http://www.leparisien.fr/societe/sante/coronavirus-ce-qu-il-faut-savoir-sur-les-origines-de-la-pandemie-17-03-2020-8281749.php

[4] http://www.rfi.fr/fr/europe/20200313-commission-europeenne-UE-critique-desordre-fermeture-frontieres

[5] https://www.lesoir.be/287724/article/2020-03-17/laisser-faire-le-coronavirus-les-pays-bas-et-le-royaume-uni-misent-sur-une

[6] https://www.faz.net/aktuell/gesellschaft/gesundheit/coronavirus/corona-frankreich-aergert-sich-ueber-deutsche-grenzkontrolle-16681146-p2.html

[7] https://ec.europa.eu/info/live-work-travel-eu/health/coronavirus-response_fr

[8] https://eur-lex.europa.eu/summary/glossary/mutual_defence.html?locale=fr

[9] https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/fr/IP_20_499

[10] https://www.ecb.europa.eu/press/pr/date/2020/html/ecb.pr200318_1~3949d6f266.en.html

[11] https://usbeketrica.com/article/covid-19-il-aurait-fallu-s-inspirer-de-taiwan-mais-c-est-trop-tard

[12] https://fsi.stanford.edu/news/how-taiwan-used-big-data-transparency-central-command-protect-its-people-coronavirus

[13] https://www.welt.de/wirtschaft/article206555143/Corona-USA-will-Zugriff-auf-deutsche-Impfstoff-Firma.html

[14] https://eu.usatoday.com/story/news/factcheck/2020/03/21/fact-check-did-coronavirus-originate-chinese-laboratory/2881150001/

[15] https://www.valeursactuelles.com/monde/pour-pekin-les-etats-unis-auraient-apporte-le-coronavirus-en-chine-117038

[16] https://www.atlanticcouncil.org/content-series/inflection-points/why-trump-should-trigger-natos-article-5-vs-covid-19/$

[17] https://usbeketrica.com/article/covid-19-il-aurait-fallu-s-inspirer-de-taiwan-mais-c-est-trop-tard

[18] https://www.nytimes.com/2020/03/16/opinion/russian-interference-coronavirus.html

[19][19] https://www.bbc.com/news/world-us-canada-51599009

[20] https://francais.rt.com/international/71972-coronavirus-poutine-pointe-desinformation-etranger-destinee-semer-panique-russie

[21] https://www.ft.com/content/d65736da-684e-11ea-800d-da70cff6e4d3

[22] https://www.laprovence.com/actu/en-direct/5938729/soupconnee-de-desinformation-la-russie-met-en-cause-lincapacite-de-lue-face-au-coronavirus.html

[23] https://euvsdisinfo.eu/disinformation-cases/?text=coronavirus&date=&disinfo_language%25255B%25255D=ara&disinfo_language%25255B%25255D=eng&disinfo_language%25255B%25255D=fra&disinfo_language%25255B%25255D=ger&disinfo_language%25255B%25255D=ita&disinfo_language%25255B%25255D=spa

[24] https://www.faz.net/aktuell/gesellschaft/gesundheit/coronavirus/corona-in-italien-die-muenchen-theorie-um-patient-null-16681959.html

[25] https://www.sciencesetavenir.fr/sante/coronavirus-aux-etats-unis-n-est-deplaise-a-trump-l-europe-n-est-pas-fautive_142448

[26] http://www.rfi.fr/fr/europe/20200313-coronavirus-arriv%C3%A9e-experts-chinois-rome-plusieurs-tonnes-aide

[27] https://www.lefigaro.fr/international/l-armee-russe-va-envoyer-de-l-aide-en-italie-20200322

[28] https://www.lesechos.fr/monde/europe/coronavirus-litalie-sen-remet-a-la-chine-pour-affronter-lurgence-1184129

[29] https://www.lopinion.fr/edition/international/coronavirus-solidarite-interessee-chine-l-italie-l-iran-214316

[30] https://greece.greekreporter.com/2020/03/18/coronavirus-outbreak-china-offers-50000-masks-to-greece/

[31] https://www.euractiv.com/section/china/news/serbia-turns-to-china-due-to-lack-of-eu-solidarity-on-coronavirus/

[32] https://www.defense.gov/Newsroom/Transcripts/Transcript/Article/2104916/remarks-by-secretary-esper-in-a-joint-press-briefing-with-uk-secretary-of-state/

[33] https://www.faz.net/aktuell/politik/corona-us-grossmanoever-defender-europe-20-endet-vorzeitig-16681501.html

[34] https://thedefensepost.com/2020/03/05/nato-exercises-coronavirus-defender-europe/

[35] https://shape.nato.int/news-archive/2020/defender-europe-20-health-and-welfare-are-priority

[36] https://www.faz.net/aktuell/politik/inland/militaeruebung-defender-europe-20-tritt-in-hauptphase-16645789.html

[37] https://www-nytimes-com.cdn.ampproject.org/c/s/www.nytimes.com/2020/03/20/world/europe/russia-coronavirus-covid-19.amp.html?fbclid=IwAR10j45SIu24jTFpPQWtfsMH7YmjRQPAAo2DmepSqVBNshfayMflmgEAe7k

  1. 1
  2. 2
Vous avez aimé cet article ?
Partagez-le !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *