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La Moldavie, un pays au cœur des rivalités géopolitiques européennes

La Moldavie[1], pays du partenariat oriental de l’Union européenne, est écartelée entre deux orientations géopolitiques contradictoires qui se reflètent dans les postures opposées  des partis et des hommes politiques.

Le  gouvernement actuel, dont le premier ministre est Pavel Filip depuis 2016,  est favorable à une orientation du pays vers l’Union européenne dont l’objectif est d’occidentaliser son flanc eurasien le plus à l’est possible. Le président Igor Dodon, élu en 2016, est par contre sceptique vis à vis de  l’Union européenne. Le président moldave est partisan d’un modèle de société traditionnel et  favorable à faire jouer le rôle de « pont » pour la Moldavie entre la Russie et l’UE. Le but principal des mouvements pro-occidentaux dont est issu le gouvernement est de gagner les élections législatives en novembre 2018, contre leur adversaire principal,  le parti socialiste de la République de Moldavie,  qui  est en faveur d’un rapprochement avec l’Union économique eurasiatique.

Le président moldave souhaite la renégociation de l’accord d’association avec l’Union européenne entré en vigueur en juillet 2016 et contre l’avis de son gouvernement, s’est rapproché de l’Union eurasiatique (Russie, Arménie, Biélorussie et Kazakhstan), pour que la Moldavie y obtienne un statut d’observateur. Le président, dont le parti est minoritaire au Parlement, n’a guère de marge de manœuvre et son orientation géopolitique nécessite au préalable un changement de majorité lors des élections législatives prévues en 2018.

Dopé par des sondages très favorables, le parti pro-russe d’Igor Dodon a de bonnes chances de l’emporter face aux mouvements pro-européens discrédités par les affaires de corruption, comme cette affaire emblématique de la disparition dans les banques moldaves d’un milliard d’euros qui fait l’objet d’une enquête.

Cette évolution témoigne de l’orientation géopolitique principale souhaitée par les citoyens, mais l’unité du pays est fragile.

Pourtant le rapprochement de la Moldavie avec l’Union européenne, comme les autres pays du partenariat oriental, est plus motivé par l’objectif des partisans de l’orientation euro-atlantiste, de soustraire ces pays à leurs liens avec la Russie, que de leur valeur ajoutée pour les Etats membres de l’Union européenne où pour les intérêts nationaux de ces pays eux-mêmes.

La Moldavie ne fait donc pas exception à la problématique  spécifique des pays du partenariat oriental dont les divisions internes sont instrumentalisées par les Etats qui souhaitent les enrôler dans leur manœuvre d’affaiblissement de la Russie. L’objectif implicite des Etats-membres de l’UE qui soutiennent le plus le partenariat oriental (notamment la Pologne, la Suède et les pays Baltes), bien que niée officiellement,  est une adhésion de ces pays  à  plus long terme à l’UE; Dans cette éventualité, ces Etats utiliseraient leur qualité de membre pour freiner la relation entre l’Union européenne et la Russie, au détriment de la vision des autres Etats membres comme cela s’est produit lors des derniers élargissements. La Roumanie critique  ainsi l’annexion de la Crimée à la Russie, mais distribue des passeports aux citoyens moldaves pour annexer la Moldavie à la Roumanie.

Ce scénario ne correspond pas aux intérêts des Etat de l’Union comme la France, l’Italie, ou l’Espagne qui souhaitent des relations apaisées avec la Russie pour se concentrer sur la menace géopolitique provenant de l’arc de crise au Sud de la Méditerranée. La relation avec ces pays devrait être conçue comme un « pont » entre l’Est et l’Ouest et non pas comme « front ». Le moment n’est donc pas encore venu pour une évolution favorable en ce sens.

La criminalité et la corruption dans les sociétés des pays du partenariat oriental, a été renforcée par la thérapie de choc pour accéder à l’ultra-libéralisme économique. Cette situation est non seulement un problème pour les pays du partenariat oriental eux-mêmes, mais aussi pour les membres de l’Union européenne. Les visa accordés aux ressortissants des pays du partenariat oriental, favorisent les migrations en masse et affaiblissent encore plus ces pays qui se vident de leurs forces vives.

Le dernier rapport des experts de l’UE à propos du partenariat oriental  souligne encore le degré de corruption  aux différents niveaux de pouvoir en Moldavie. L’enquête à propos d’ un scandale sur les aides qui se sont chiffrées en milliards d’aides à la République de la part des banques publiques, n’a  toujours pas abouti.

En ce qui concerne l’Etat de droit qui est exigé par l’Union européenne, il semble que « le deux poids deux mesures » soit pratiqué pour arrimer le plus vite possible les pays du partenariat oriental aux institutions euro-atlantiques.

Une procédure judiciaire a été engagée en mars 2017 contre le moldave Iurie Rosca, ancien vice-premier ministre et vice-président du parlement de la Moldavie, quatre fois député, conservateur traditionnaliste orthodoxe et militant influent pour la préservation de la tradition, du christianisme et de l’amitié Moldavie/Russie au sein de son pays. Il  se retrouve aujourd’hui accusé de propagande anti-régime et risque d’être condamné à 7 ans de prison  pour délit d’opinion. Cela n’a pas provoqué de réactions de la part des médias occidentaux et de l’UE. si prompts à dénoncer  l’arrestation de journalistes dans d’autre pays.  L ‘arrestation du chef de rédaction de RIA Novosti en Ukraine, Kirill Vychinski, n’a pareillement suscité aucune réaction des médias occidentaux. Ces affaires soulignent une nouvelle fois le deux poids deux mesures pratiqué par l’UE en fonction de la vision géopolitique de l’euro-atlantisme exclusif, à l’inverse d’une vision plus équilibrée qui ferait du projet européen, un facteur de rapprochement géopolitique sur le continent européen.

[1] La République de Moldavie est membre de la CEI [Communauté des États indépendants]. Le territoire de la  Moldavie est aussi divisé avec la  région sécessionniste de Transnistrie, plus proche de la Russie depuis 1991 après un conflit  qui a éclaté lors de la chute de l’URSS.  Pour négocier autour de cette question, le format 5+2 [Moldavie, Transnistrie, UE, Russie, États-Unis, Ukraine et OSCE] est une plateforme qui implique à la fois la Russie et l’Ukraine.

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