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La reprise d’un dialogue stratégique incluant les Européens est nécessaire afin de stopper l’escalade nucléaire américano-russe

Comme on pouvait le craindre, le retrait unilatéral des États-Unis du traité sur les missiles antibalistiques (ABM) en 2002 et la poursuite inexorable du projet de bouclier anti-missile américain qui s’étend au territoire européen dans le cadre de l’OTAN a sérieusement déstabilisé le système de sécurité international. Il a provoqué la réaction de la Russie et cette évolution négative met le territoire européen en première ligne de la nouvelle confrontation entre les Etats-Unis et la Russie.

Cette accélération de la course aux armements nucléaires qui menace la sécurité européenne  a déjà été souligné sur ce site dans des articles précédents depuis 2015 :

En effet, le discours du président Vladimir Poutine devant l’Assemblée fédérale de la Fédération de Russie le 1er mars 2018 a annoncé que la Russie possédait une palette d’armes de nouvelle génération pour faire face au bouclier anti-missile américain. Le système anti-missile américain a été renforcé par l’ouverture de nouvelles bases en Europe près des frontières de la Russie en Roumanie et en Pologne et forme une ceinture de bases militaires et de plates-formes pour le bouclier en Alaska et en Californie sur le territoire américain et au Japon et en Corée du Sud en Asie,  donc tout autour du continent eurasien (voir carte ).

Cette réplique est non seulement adressée à la poursuite du bouclier anti-missile, mais aussi destinée à rétablir l’équilibre stratégique après la relance de la course aux armements nucléaires par les États-Unis, confirmée par la dernière revue nucléaire stratégique (NPR) de février 2018. Ce document annonce une augmentation des  dépense de plus de 611 milliard de dollars, c’est à dire les dépenses les plus fortes dans le monde et plus que tous les 8 grands pays suivants. Il annonce aussi le développement d’armes nucléaires plus flexibles, risquant d’abaisser le seuil d’utilisation nucléaire. Elle fait aussi suite aux discussions aux États-Unis d’un éventuel retrait du traité INF (Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire) qu’ils accusent la Russie d’avoir enfreint.      

Le contexte est aussi celui d’une désignation de la Russie et la Chine comme adversaires par les États-Unis dans la nouvelle stratégie de sécurité nationale de décembre 2017 (NSS). Il fait suite à un élargissement continu de l’OTAN après la fin de la Guerre Froide, pendant presque deux décennies, jusque sur le territoire de l’ex-Union soviétique et toujours plus proche du territoire de la Russie. La Russie par contre ne possède pas de bases proches du territoire américain. Le système de défense américain déborde largement sur le territoire européen et eurasien tandis que la Russie ne défend que son propre territoire, d’où le renforcement de la perception d’encerclement.                

Les nouveaux armements russes sont  de nature diverse.

Le ministère de la défense et les industries de défense russes ont développé un nouveau système de missile lourd intercontinental, nommé Sarmat, qui le rend difficile à intercepter par un système de défense anti-missile. Equipé de têtes nucléaires puissantes y compris hypersoniques, ses capacités énergétiques importantes peuvent frapper des cibles partout  en passant par les pôles Nord et Sud.

Un nouveau missile à ogive nucléaire nommé X-101, furtif, voyageant à basse altitude et à trajectoire aléatoire,  a aussi été conçu pour rendre inopérant le bouclier antimissile.

La Russie a de plus développé un modèle de submersible sous-marin sans pilote, capable de se déplacer en grande profondeur, avec des ogives nucléaires ou conventionnelles. C’est un nouveau type d’arme stratégique sous-marin.

Enfin, un système de missile supersonique, avec des ogives nucléaires ou conventionnelles,  10 fois plus rapide que le son, le Kinzal, permettrait de passer outre tous les systèmes antimissiles et antiaériens  à une portée de plus de 2000 km. Le président russe a  aussi insisté sur leur crédibilité. 

Cette escalade nucléaire fait encourir le plus grand risque pour les nations européennes dont le territoire redevient un enjeu dans la rivalité entre les États-Unis et la Russie dans l’éventualité d’une guerre nucléaire. La sécurité des Européens devient de plus en plus tributaire des manœuvres américaines et russes sans avoir un seul mot à dire à propos de leurs intérêts, non seulement vis à vis des décisions russes mais aussi de celles prise par les États-Unis qui sont les seuls décideurs ultimes de l’emploi de l’arme nucléaire au sein de l’OTAN. La  France et le Royaume-Uni possèdent leurs propres armes, mais sans commune mesure avec les arsenaux russe et américain. Il devient urgent pour les Européens de proposer l’amorce d’un dialogue sur la sécurité européenne et globale, afin d’enrayer l’escalade de cette nouvelle course aux armements nucléaires. Il pourraient enfin envisager un nouveau système de sécurité européen, avant qu’il ne soit trop tard et qu’ils aient perdu toute maîtrise de leur destin. Cette initiative serait d’autant plus bienvenue que les Russes ont depuis toujours annoncé vouloir établir un dialogue afin de restaurer la confiance, afin de ne plus recourir à l’escalade.   

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