Les jeux olympiques en Corée du Sud: la part de la géopolitique

Posted on 21/02/2018 | in À vif / news | by

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Sans surprise, les jeux olympiques d'hiver en Corée du Sud  ont été sans marqués par les évolutions de la géopolitique mondiale. La Charte olympique affirme les principes fondamentaux de l’olympisme, dont la volonté de « favoriser une société pacifique, soucieuse de préserver la dignité humaine », le « respect des droits de l’homme » ou encore le « refus de toute discrimination »

Si les jeux sont aussi l'occasion pour réduire des tensions géopolitiques, comme les rencontres aux jeux de 2018 entre représentants de Corée du Sud et Corée du Nord, leur instrumentalisation par les rivalités entre Etats prennent en réalité le dessus.

Les jeux olympiques sont de facto l'occasion pour les Etats et nations de démontrer leur puissance, et aussi de porter des coups à la réputation des adversaires.

Dans cette optique, les dérives éloignent les jeux des principes de l'olympisme.  On se souvient des différentes pratiques lors des jeux précédents comme le boycott du pays organisateur ou plus récemment  le refus de participer  aux cérémonies d'ouverture et de fermeture des jeux.       

Les jeux en Corée du Sud ont aussi été l'occasion d'anciennes et nouvelles nouvelle pratiques qui ont pour objectif d'instrumentaliser l'évènement à des fins géopolitiques et commerciales.     

Sans être exhaustif, en voici quelques unes :

Le changement de nationalité des athlètes juste avant les jeux, permet à certains pays d'augmenter leur nombre de médailles, de manière artificielle. Cette dérive relève aussi de l'idéologie globaliste et néolibérale, où l'individualisme prend le pas sur l'appartenance à une nation avec ses traditions, et ses caractéristiques géographiques. Il s'en suit une contradiction entre le classement par pays en fonction du nombre de médailles, et les changements de nationalité des athlètes.

Que dire aussi de la mise en avant des nouveaux sports de glisse, qui ont de moins en moins de rapport avec l'hiver et la montagne, comme certaines épreuves  qui relèvent plus de l'acrobatie ou du show que du sport de glisse. L'objectif de certains pays  est avant tout de faire augmenter leur nombre de médailles, en pratiquant un lobbying intense afin d'introduire de nouvelles épreuves, basées sur des pratiques inventées avant tout pour le marketing et la vente de nouveaux produits. 

La construction de nouvelles infrastructures pour ces nouveaux sports de glisse, bétonnent les sites naturels alors que la notion de protection de l'environnement est paradoxalement de plus en plus mise en avant. De plus en plus, la montagne est ainsi adaptée, c'est à dire défigurée, en fonction des besoins  du marketing, au lieu d'une adaptation plus harmonieuse de l'homme à la nature.

Comme les Etats rivalisent pour obtenir l'organisation des jeux olympiques, et que le choix est réalisé selon des critères liées aux rapports de force géopolitiques, certains sites sont moins adaptés que d'autres, pour la pratique des jeux d'hiver notamment. Les déficits d'enneigement entrainent des dégâts pour l'environnement par le transport artificiel de la neige, et la création de plus en plus fréquente de neige artificielle. On assiste de plus en plus à une déconnection entre l'homme et la nature.                 

Comme les jeux sont aussi devenus un tremplin pour l'idéologie du libre-échange commercial, qui profite plus à certains pays que d'autres, les jeux olympiques sont de plus en plus sous l'influence des grandes marques issues d'un nombre restreint de pays. Les conditions des compétitions sont moins définies par les conditions optimales pour les sportifs que les intérêts des sponsors, des annonceurs publicitaires, et des  chaînes de télévision. Il s'en suit aussi une dérive vers la présentation des épreuves comme un show médiatique  qui se focalise sur les individus, trop souvent au détriment de la reconnaissance du travail d'équipe derrière les athlètes. Les athlètes qui participent aux jeux, mais qui ne remportent pas de médailles, sont oubliés ou même parfois critiqués, bien qu'il soient aussi de très haut niveau et qu'ils ont aussi énormément investi dans la préparation aux jeux. Si l'esprit olympique a pour objectif de promouvoir le sport pout tous, alors il serait approprié de rétablir un équilibre entre "champions " et "participants" sans médailles.

Enfin, si la lutte contre le dopage est un objectif indispensable, que dire de l'interdiction pour un pays de faire flotter son drapeau national, de lui refuser un hymne national, et d'inventer l'expression d' "athlète olympique de Russie"? Cette discrimination qui a été faite contre une seule délégation est un dangereux précédent pour les jeux à venir car elle vise plus à humilier un pays dans un contexte géopolitique tendu, que résoudre les problèmes de dopage de manière équitable entre tous les pays, qui rivalisent de méthodes plus ou moins légales ou artificielles pour obtenir le plus de médailles. Les désaccords entre le Tribunal arbitral du sport (TAS)  qui a désavoué le Comité international olympique (CIO) en annulant totalement la sanction de 28 des 43 sportifs russes suspendus, moins de 5 jours avant les jeux, renforce  les interrogations sur la transparence des décisions de l'Agence mondiale antidopage (AMA), et la part d'instrumentalisation géopolitique sur les cas de dopage.                                             

Malgré l'investissement massif de certains pays pour instrumentaliser les jeux selon leurs objectifs géopolitiques, le tableau de médailles ne correspond pas tout à fait à la hiérarchie des puissances au niveau mondial, même s'il existe un lien évident  sur les temps plus longs. Le travail d'équipe, la bonne organisation, la motivation mais aussi le hasard font des jeux olympiques un évènement qui n'est pas encore entièrement déterminé, et ne le sera sans doute jamais totalement, par la compétition géopolitique. 

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