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Donald Trump et les Européens : vers une relation euro-atlantique plus large et équilibrée ?

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Donald Trump est élu président des États-Unis d’Amérique !

Une nouvelle géopolitique du monde émerge ! Le retour des Nations se consolide inexorablement face aux utopies globalistes ! Une fenêtre stratégique s’ouvre !  

L’élection de Trump ouvre de nouveaux horizons pour une refondation des relations euro-atlantiques en synergie avec l’émergence du monde multipolaire. L’élection de Trump est aussi une opportunité pour favoriser une unité occidentale plus élargie, en adéquation avec un monde plus fluide. Cet évènement peut aussi favoriser un nouvel équilibre des nations plus respectueux des peuples, des souverainetés et de la civilisation occidentale, à l’inverse de la poursuite d’une utopie ultra-libérale et « globaliste »  caractérisée par un euro-atlantisme exclusif défendu par Hillary Clinton, sous l’emprise de lobbies opaques. Le message principal envoyé au monde par le candidat Donald Trump est le début de l’acceptation du monde multipolaire par les États-Unis.   

Il est important pour les nations européennes de saisir cette occasion, si elles ne veulent pas rester en marge du déplacement des centres de gravité géopolitiques. Il est nécessaire de prendre avantage du nouveau monde qui se profile caractérisé par des centres de pouvoir plus dispersés et plus hétéroclites, et moins dominés par une seule puissance. La mondialisation est une lutte de répartition des espaces géopolitiques et la doctrine de la balance est désormais plus adaptée aux évolutions que l’Occidentalisation du monde basée sur des principes transnationaux dont la promotion agressive renforce les conflits avec les cultures nationales. Les nations européennes ont tout à gagner des ces inflexions pour gagner en marge de manoeuvre et en souveraineté.        

L’élection de Donald Trump, en raison des tropismes géopolitiques du nouveau président, représente donc une opportunité pour refonder des relations transatlantiques plus équilibrées, plus inclusives et plus resserrées, dans un espace géopolitique de «Vancouver à Vladivostok » .  

Les discours de campagne du candidat ont permis de mettre en lumière ses objectifs géopolitiques, mais ils ont été malheureusement largement déformés dans les médias qui lui étaient hostiles. Contrairement à ce qui a été dit par ses adversaires sur son incompétence supposée en matière de politique étrangère, Donald Trump est aussi entouré de conseillers très compétents. L’un d’eux est Walid Phares, politologue américain d’origine libanaise, chrétien maronite et spécialiste du Moyen-Orient,  qui a combiné au cours de sa carrière, action et réflexion universitaire. Il nous a ainsi révélé que Trump était « un homme passionné par les cartes et la géopolitique » et qu’il était « sensible à la géographie du terrain comme élément du rapport de force. »[i]

Les propositions de Donald Trump, si elles sont mises en œuvre,  relèvent avant tout du «  bon sens »  géopolitique  : en particulier la priorité à la reconstruction des infrastructures nationales,  la réhabilitation  des frontières qui sont nécessaires à la maîtrise du territoire et la souveraineté,  le contrôle de l’immigration, la promotion du patriotisme et de la loyauté nationale, la lutte contre l’Islam radical et non pas la recherche de l’affaiblissement de la Russie et de la Chine, l’abandon des zones de libre-échanges qui favorisent les destructions des emplois et la désindustrialisation. Lors de son premier discours de président, Donald Trump a réaffirmé que sa priorité portait sur les infrastructures américaines mais qu’il privilégierait aussi la coopération et non la confrontation au niveau international. Ces promesses augurent de l’éventualité d’un nouveau concert des puissances au niveau mondial, favorisant la stabilité géopolitique et non plus les changements de régimes destructeurs de la sécurité et de la cohésion des peuples que l’élection d’Hillary Clinton aurait menaçé de poursuivre. .     

Le nouveau président Trump va en priorité défendre les intérêts des États-Unis et ceux-ci ne coïncideront évidemment pas entièrement avec les intérêts des nations européennes qui sont aussi très divers entre eux. C’est précisément le moment d’une remise à plat des visions respectives de part d’autre de l’Atlantique. La gestion des crises qui s’accumulent pour l’Union européenne ne sera pas moins facile à résoudre. Cette élection, après la crise de l’euro, la crise migratoire, la dégradation des relations avec la Russie, les menaces issues des révolutions arabes, le terrorisme islamiste sur le sol européen, le Brexit, a même le potentiel d’ inaugurer une crise euro-américaine. Cela va sans doute accélérer la crise des fondements de l’Union européenne, dont les paradigmes sont de plus en plus éloignés des réalités géopolitiques. Une grande partie des classes politiques européennes est en retard par rapport aux aspirations des peuples et une période de déni est prévisible avant l’apparition de nouvelles forces politiques en France et en Allemagne, plus en phase avec ces évolutions.

Cette élection est aussi l’occasion pour les Européens de penser par eux-mêmes, et de contribuer plus largement à la stabilisation de leur proximité géographique, comme la candidat Donald Trump l’avait par ailleurs suggéré.       

Les orientations géopolitiques de Trump, si elles sont maintenues,  sont pourtant largement en phase avec les intérêts de long terme des nations européennes et de leurs peuples. C’est une occasion unique pour  identifier les intérêts communs à un espace de sécurité de  «Vancouver à Vladivostok »  et de s’éloigner du scénario d’un espace « euro-atlantiste exclusif ». Contenir les menaces communes aux nations américaines et européennes incluant la Russie que représente la menace issue de l’Islam radical deviendrait une priorité !

La France était soucieuse dans son histoire de son autonomie et possédait une forte tradition stratégique. Elle pourrait remplir le rôle de chef de file avec l’Allemagne pour forger un axe européen continental avec la Russie pour accompagner les inflexions attendues du nouveau gouvernement américain, notamment après les élections présidentielles de 2017, qui devront impérativement remettre la France en conformité avec son héritage gaulliste.   

Pour le noyau continental de l’Europe, exploiter les potentialités que lui offre la géographie suggère un positionnement comme pôle de puissance et facteur d’équilibre à la charnière des espaces géopolitiques euro-atlantiques, euro-asiatiques, euro-méditerranéens et africains et euro-arctique avec une hiérarchisation des priorités par zone géographique. Les États-Unis et la Russie sont la clé de la sécurité et de la puissance mondiale pour l’UE afin d’amorcer une stratégie selon les axes maritimes et continentaux.

Cette dernière option ne peut pas être valorisée dans un enfermement stratégique, en particulier vis-à-vis de l’Eurasie. La priorité est de parachever un espace de sécurité de «Vancouver à Vladivostok »  qu’une nouvelle architecture de sécurité entre l’UE et la Russie viendrait compléter. Maintenir un équilibre entre USA et Russie, avec un rapprochement avec la Russie selon un axe continental et un rééquilibrage de l’alliance euro-atlantique serait indiqué pour que l’Union puisse agir en synergie avec la stratégie des États-Unis en fonction de ses propres priorités. 

Le candidat Donald Trump a aussi exprimé sa méfiance des traités commerciaux. La négociation d’un marché transatlantique sur des principes issus de l’ultralibéralisme du siècle dernier devrait laisser place à des traités de coopération qui protègent mieux les peuples. A l’image de ce qui pourrait se produire aux États-Unis. Il est temps de reconstruire des politiques industrielles parallèlement à l’instauration d’un protectionnisme national et européen intelligent, ainsi qu’une palette de préférences nationales et européennes pour l’emploi, les investissements des banques et le commerce. L’objectif véritable des traités transatlantiques et transpacifiques est de nature géopolitique visant à faire de l’Europe et l’Asie des périphéries des États-Unis pour isoler la Chine et la Russie. Ils ne correspondent pas aux intérêts d’équilibre des nations Européennes en fonction de leur position géographique.       

Dans l’hypothèse d’une nouvelle ère pour les relations entre les États-Unis et la Russie, comme l’a annoncé Donald Trump pour tenter de dépasser la crise actuelle, les gouvernements européens feraient bien de rapidement  anticiper ces évolutions. Il serait paradoxal que l’Union européenne s’arc-boute sur des sanctions inefficaces et la poursuite de l’isolement de la Russie, au moment ou les États-Unis tenteraient un rapprochement américano-russe. L’Union européenne renforcerait sa propre isolation géopolitique, coincée entre la fragmentation du continent eurasien suite à la dégradation des relations avec la Russie, la déstabilisation de son flanc Sud avec la montée de l’Islam radical, et désormais la probabilité d’une réorientation des priorités des Etats-Unis.   

Les États-Unis, les États-membres de l’Union européenne, la Russie et les pays d’Asie centrale auraient intérêt à réfléchir de concert aux menaces communes issues des risques combinant migrations de masse, radicalisme religieux et ingérence potentielle des États d’où elles proviennent à l’occasion des crises multiformes de la mondialisation qui préfigurent  les conflits futurs sur leur propre territoire.

La négociation d’une nouvelle architecture de sécurité eurasienne préservant les intérêts de sécurité des nations européennes et de la  Russie, faciliterait la stabilisation de l’«hinterland continental» de l’Union européenne. C’est aussi une occasion favorable pour les nations européennes de rapprocher au niveau continental pour constituer un pôle d’équilibre et former un contrepoids utile vis-à-vis des autres puissances de taille mondiale. C’est aussi le moment  d’un rééquilibrage de l’Alliance atlantique, comme le candidat Donald Trump l’a suggéré, pour  une prise en charge plus conséquente de la contribution des Européens à leur sécurité.  Cela pourrait se faire en faisant baisser les tensions, afin de mieux souligner les intérêts de stabilité des Européens, et mettre un terme  définitif à l’extension de l’OTAN.

Dans le contexte d’une dimension civilisationnelle croissante des rivalités géopolitiques mondiales, une définition plus large de l’Occident serait aussi utile pour que l’Europe puisse se positionner plus favorablement et de manière plus équilibrée à la charnière entre les États-Unis et la Russie.     

L’Europe est un pilier de l ‘Occident, lui-même composé de trois grands ensembles : l’Europe et son héritage gréco-romain, le monde Russe et son héritage Byzantin et Orthodoxe, l’Amérique du Nord et du Sud façonnées par les cultures européennes. Ces trois ensembles géopolitiques et leurs prolongements au Sud de la Méditerranée, au Proche-Orient, en Eurasie et en Asie centrale gagneraient à identifier leurs intérêts partagés dans cet espace de paix et de sécurité de « Vancouver à Vladivostok » basé sur la mise en valeur de leur héritage culturel et historique très diversifié, selon les principes de souveraineté et d’équilibre entre les nations qui le composent.   

L’Union européenne, aujourd’hui exclusivement basée sur une stratégie «euro-globaliste » en complémentarité avec le projet  « unipolaire »  poursuivi par les gouvernements précédents des États-Unis, supposé se prolonger avec Hillary Clinton si elle avait été élue, est menacée de déstabilisation et d’obsolescence sans réforme radicale. L’intention affichée dans la nouvelle stratégie globale pour la politique étrangère et de sécurité de l’Union européenne (publiée en 2016) de s’orienter vers une «autonomie stratégique » est paradoxalement plus pertinente que jamais, mais sur la base d’une réforme des fondements de l’UE.         

En fin de compte, à l’unisson du nouveau monde qui émerge, c’est le modèle de l’ « Europe des Nations », cher au Général de Gaulle, qui devient le seul horizon praticable de l’Europe, pour éviter sa marginalisation géopolitique dans un monde qui change et se fragmente.


[i] http://www.lefigaro.fr/elections-americaines/2016/11/07/01040-20161107ARTFIG00348-trump-va-s-asseoir-avec-poutine-mais-il-ne-se-laissera-pas-faire.php

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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