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Attentats islamistes de Paris : le choc de la civilisation du déni géopolitique

Les attentats meurtriers du 13 novembre à Paris, revendiqués par l’Etat islamique, ont créé une réelle stupeur : vont-ils ébranler la « civilisation du déni géopolitique »  portée par le système politico-médiatique au pouvoir en France lors des dernières décennies ? Il reste à démontrer si la déclaration de l’état de guerre par le gouvernement français marque une inflexion notable.  Les actions immédiates visant principalement les auteurs des attentats et leurs complices seront-elles suivies par des actions d’envergure traitant les causes profondes afin de dépasser les dénis ambiants ?  Ceux-çi sont un obstacle à un diagnostic géopolitique lucide de la situation.

La posture du « déni géopolitique » permet à la classe politique au pouvoir, de s’exonérer de leur responsabilité dans la fissuration de la Nation française,  faire oublier les erreurs stratégiques en terme d’alliances internationales[i] et de politique sécuritaire[ii], et d’éviter de rendre des comptes aux citoyens. Les médias dominants ne sont pas en reste dans ce fiasco de la pensée stratégique. L’éditorial du 7 décembre du  quotidien Libération à propos de la victoire du Front National aux élections régionales est à ce titre édifiant en désignant le Front national comme  « l’ennemi »  de la France. Trois semaines après les attentats islamistes,  cette vision des choses est obscène. Les tractations surréalistes pendant l’entre deux tour des régionales de la part des partis de gouvernement qui ont failli face au enjeux véritables et le mépris affiché vis à vis du message de révolte envoyé par les Français sera lourd de conséquences.  Le cynisme du débat est même allé jusqu’à faire  l’amalgame mensonger entre « la Croix de Lorraine et la Croix gammée »  dénoncée par Alain Finkelkraut avant les élections, et la mise sur le même plan du Front national et l’Etat islamique.

Sur le plan de la géopolitique externe :

Le déni à propos de la désignation de l’ennemi, intérieur et extérieur, grâce à l’imprécision des mots employés est le plus troublant. Cela transparait d’abord dans l’escamotage des revendications de l’Etat islamique dans les débats politico-médiatiques et le positionnement post-attentat du gouvernement : on désigne comme ennemi la « haine »[iii], l’ « Islam dévoyé » ou le  « terrorisme djihadiste » tandis qu’on utilise le nom « Daesh » et non pas «  l’Etat islamique ». Ce  choix des mots est destiné à nier le statut d’Etat à «  Daesh » alors qu’il a tout les attributs d’un Etat (armée, ministères, impôts, territoire qualifié de Califat, supposé être en extension). Le président Hollande avait pourtant précisé devant le congrès que  « Nous faisons face à une organisation, Daech, disposant d’une assise territoriale, de ressources financières et de capacités militaires » [iv]. De plus, le « terrorisme » n’est que le moyen employé par l’ennemi, cette expression n’a donc pas de sens. Si on fait la guerre à un moyen, et non à ceux qui l’emploie, alors la guerre est perdue d’avance.

Ne pas se pencher sur la revendication (en annexe) de l’Etat islamique permet aussi d’évacuer le contexte de conflit de civilisation, comme si cette dimension n’existait pas. L’Etat islamique a ainsi souligné qu’il se positionnait dans ce contexte géopolitique avec les représentations correspondantes en précisant : « Dans une attaque bénie dont Allah a facilité les causes, un groupe de croyants des soldats du califat, qu’Allah lui donne puissance et victoire, a pris pour cible la capitale des abominations et de la perversion, celle qui porte la bannière de la croix en Europe, Paris ». L’Allemagne et la France ont aussi été désignées comme des « croisés ». Les soldats du Califat attaquent la France en tant que Nation représentative de la civilisation chrétienne et laïque (la laïcité est issue de la Chrétienté, avec la séparation entre le pouvoir spirituel et temporel) avec ses valeurs mais surtout ses composantes organiques. Les ennemis ont tué des Français en plein centre de leur capitale politique, avant de s’attaquer à des idées.

Le déni à ce propos permet d’évacuer la question de l’Islam politique et radical, mais aussi de ne pas aborder la question de la réforme nécessaire de l’Islam tout court pour qu’il puise être compatible avec la Nation et la République française ainsi que la civilisation européenne, afin de ne pas se cantonner aux discours victimaires et se contenter du  « pas d’amalgame ». L’historien Fernand Braudel distinguait trois civilisations bordant la Méditerranée ; l’Occident ou chrétienté romaine, le monde orthodoxe incluant le monde grec et la troisième Rome, Moscou, et l’Islam. Il soulignait que  «l’Islam vis à vis de l’Occident, c’est le chat vis à vis du chien. On pourrait dire un contre-Occident, avec les ambiguïtés que comporte toute opposition profonde qui est à la fois rivalité, hostilité et emprunt »[v]. Cet enjeu est à aborder selon les temps longs de histoire.

Le déni du contexte géopolitique international est tout aussi flagrant. L’Etat islamique a précisé dans sa revendication que la France et ceux qui suivent sa voie restent « les principales cibles »  de l’Etat islamique  pour « s’être vantés de combattre l’Islam en France et frapper les musulmans en terre du Califat avec leurs avions… »  Ce déni permet aussi d’évacuer la question de l’intervention de l’armée française en Syrie et de ses alliances internationales. On  évite de s’interroger sur les erreurs stratégiques commises dans le passé, notamment la complaisance, et c’est peu dire,  vis à vis des rebelles islamistes pour faire tomber le régime de Bachar el Assad[vi], mais aussi de l’intervention en Libye en 2011[vii].

C’est une erreur de diagnostic que de nier l’existence de son ennemi, de le sous-estimer, et de refuser la dimension religieuse du conflit. Cela n’aidera en rien pour préparer la riposte. Pourtant, si on veut combattre un ennemi, il est indispensable de connaître le positionnement géostratégique et idéologique de son adversaire, afin de construire sa propre stratégie. Une stratégie ne s’élabore pas dans le vide mais constitue une interaction entre deux adversaires, un « duel » comme l’avait décrit Clausewitz.  

Le déni sur l’inadéquation des alliances de la France n’est que timidement ébranlé.  Les débats sur les alliances contre-natures avec les pays qui pratiquent le prosélytisme islamiste, pour poursuivre les approvisionnements en pétrole et gaz, mais aussi les ventes d’armement dans le cadre d’une alliance avec les pays sunnites contre l’Iran, ne sont pas suivies d’effets. Les alliances avec l’Arabie saoudite et le Qatar, sources du prosélytisme islamiste, mais aussi la Turquie et son double jeu, ne sont pas remises en cause, malgré les critiques qui se focalisent sur leur rôle ambigu dans certains médias et partis politiques d’opposition. 

Cela concerne aussi la prise de distance nécessaire avec la politique étrangère des Etats-Unis sur laquelle la France s’est alignée, notamment en ce qui concerne les changements de régimes catastrophiques pour la sécurité européenne, et destinés à ralentir l’émergence du monde multipolaire. Les Etats-Unis, largement responsables du conflit en Syrie, poursuivent leur objectif de changement de régime et l’alliance qu’ils ont initiée pour lutter contre l’Etat islamique n’a pas encore changé la donne de manière décisive. Les politiques de promotion du multiculturalisme idéologique de la part de Etats-Unis, coresponsables de la fissuration des Nations devraient aussi faire l’objet d’un questionnement critique.

Le déni persiste par rapport aux positionnement des partenaires de la France dans l’Union européenne et l’OTAN. La France a fait activer la clause de solidarité de l’Union européenne.  L’unanimisme exprimé cache en réalité un isolement de la France  : Le gouvernement français est en guerre, mais le gouvernement allemand ni les autres Etats-membres ne se considèrent en guerre, et donc leur soutien sera insuffisant et restera symbolique pour la plupart des Etats.  Angela Merkel a déclaré que l’Allemagne allait « tout faire pour mener ensemble la lutte contre les terroristes », mais que les Allemands avaient une « réponse claire » : « Nous vivons de la compassion, de l’amour du prochain, de la joie de faire partie d’une communauté. »[viii]  Le commentaire du partenaire de coalition Sigmar Gabriel, président du Parti social-démocrate et vice-chancelier, montre le gouffre avec la conception française: « Nous voyons que l’EI mène une guerre contre le monde libre, mais, malgré tout, si nous commençons à parler de guerre, c’est un premier succès pour l’EI, parce que plus notre société a peur, y compris de la guerre, plus le terrorisme a de succès à faire valoir. »[ix]  L’aide allemande  n’est pas négligeable, mais elle se cantonne à la logistique, la reconnaissance aérienne en Syrie et la formation militaire au Mali. Les soldats allemands ne combattront pas. La Russie est par contre le partenaire résolu et naturel pour la France en raison de la justesse de son diagnostic géopolitique et des intérêts de sécurité communs à toute l’Eurasie.

L’Etat d’urgence déclaré en France puis en Belgique souligne la pertinence de l’adage de Carl Schmitt, « Est souverain celui qui décide de l’Etat d’exception ». l’Union européenne comme projet de partage de la souveraineté est mis à mal car la souveraineté ne se partage pas et que les décisions lors des crises au niveau national s’imposent au règles européennes ; c’est le sens du « pacte de sécurité » de la France qui s’impose au « pacte de stabilité ». Des années de négociations ardues et laborieuses sur le contenu du pacte de stabilité ont été effacées en quelques jours devant ses exigences dérisoires face au vrais enjeux de sécurité.

Le déni par rapport au lien entre la crise migratoire et la sécurité européenne persiste aussi alors que l’infiltration de terroristes parmi les migrants a été avéré. l’Etat islamique avait d’ailleurs même prévenu qu’il utiliserait ce moyen pour mettre en danger la sécurité européenne[x]. Le positionnement du gouvernement allemand d’Angela Merkel et de l’Union européenne puisque Jean-Claude Juncker a déclaré qu’il ne fallait surtout pas lier la crise migratoire avec les attentats, est à ce stade stupéfiant.  Le déni tue !

Que les interrogations qui pointent ici et là soient suivies d’inflexions majeures reste donc pour le moment hypothétique

Sur le plan de la géopolitique interne

Le déni par rapport à l’état de cohésion de la Nation française, en raison de l’apparition d’un ennemi interne,  est ébranlé et commence à faire l’objet d’un débat acerbe entre le gouvernement socialiste et les partis d’opposition. Les discours sur la Nation sont de nature fondamentalement géopolitique, car des conceptions rivales de la Nation s’entrechoquent sur le même territoire et révèlent les luttes de pouvoirs entre acteurs politiques pour garder ou prendre le pouvoir.

Le déni géopolitique persiste en insistant uniquement sur la notion de « République » qui met en avant des arguments idéologiques et non pas territoriaux. La notion de République est liée au « vivre ensemble »  sur un territoire conçu comme une notion avant tout juridique qui doit être protégé pour empêcher les terroristes de circuler, mais les flux constants qui risque de mettre en danger la cohésion nationale ne sont pas pris en compte. Il n’y a pas de Nation sans territoire. Si l’on prend en compte la Nation, le fait territorial est lié à l’aspect organique de la Nation, c’est à dire la France dans un ensemble civilisationnel européen de tradition chrétienne et laïque et sa culture, ses coutumes et sa population en majorité latine et germanique même si des apports ultérieurs ont introduit plus de diversité.                                                   

Le discours dominant  au sein du gouvernement Hollande et de ses soutiens est de ne surtout rien changer aux représentations de la France comme République avant d’être une Nation, alors que la République n’est qu’une forme de gouvernement et que ces attentats soulignent avant tout une fracture nationale. Le premier ministre Manuel Valls parle de  « sursaut républicain majeur » [xi], alors que c’est un « sursaut national majeur » qui serait approprié. La France devrait donc poursuivre sa transformation en société multiculturelle, une république basée sur un « vivre ensemble » de communautés hétéroclites agglomérées autour de valeurs universelles.

Le discours selon lequel il ne faut pas faire le jeu des terroristes en divisant la République reste dominant dans la classe politique de gauche et au centre droit. Mais c’est confondre les causes et les conséquences. Les attentats commis par des Français issus des vagues d’immigration récentes sont la conséquence de la division  déjà réelle de la Nation et non pas le facteur d’une fracture future. La plupart des terroristes des attentats de Paris avaient des passeports français et belges, mais ils peuvent être assimilés à une cinquième colonne, organisée en milices plus ou moins hiérarchisées mais recevant des ordres de l’étranger. Ils peuvent être assimilés à des combattants ennemis agissant sur le territoire national.  Le ministère de l’Intérieur en France a fiché plus de  11 000  personnes pour radicalisation et ce chiffre est de plus en constante augmentation. On ne prend pas en compte le nombre de personnes qui pour l’instant ne passent pas à l’acte, mais restent des sympathisants qui dépassent les dizaines de milliers de personnes[xii], voire beaucoup plus dans une situation plus extrême comme les émeutes des banlieues en 2005.

La fracture liée à la diversité par faiblesse du ciment national est un terreau favorable aux conflits. Des voix tentent de faire porter la responsabilité aux partis et mouvements anti-immigration en prétendant que c’est exactement ce que l’Etat islamique cherche à amplifier : les fractures entre citoyens. La société est pourtant déjà fracturée à un point tel qu’il ne sera pas possible de résoudre cette question sans sursaut politique national. Les citoyens perçoivent dans leur majorité  que plus l’immigration extra-européenne est forte, plus les chances de conflit vont se renforcer. Enfin,  c’est le désarmement et la capitulation morale des Européens que les terroristes cherchent à provoquer, et de les inciter à ne répondre que par des bougies et manifestations pacifistes ou compassionnelles. A plus long terme il sera ainsi plus facile de s’immiscer dans cette société lobotomisée et pratiquer le prosélytisme pour continuer l’islamisation radicaliste de la société, après avoir éliminé l’esprit de défense des Européens qui cherchent la paix et la concorde à tout prix. C’est le sens de l’expression sarcastique, « je suis Charlie, je suis Paris, je suis mort. »  A une force ennemie, c’est au contraire une force déterminée qu’il faudrait opposer sur le théâtre de guerre interne.

C’est pourtant les reniements successifs des racines de la Nation française dans les dernières décennies[xiii] qui est tout aussi dangereuse que la détermination de ses adversaires : or cet héritage a été sérieusement entamé par les idéologies post-nationales et une lecture radicale de la laïcité qui a eu tendance à écarter les Français de leurs racines chrétiennes, et donc fragiliser l’identité nationale qui rend impossible l’assimilation de l’immigration de masse et favorise l’intrusion d’idéologies concurrentes venant de l’extérieur.   

De l’autre côté du spectre de l’échiquier politique, Marion Maréchal Lepen au Front national incarne une opposition politique radicale au multiculturalisme de gauche en déclarant : « Qui n’a pas vibré au sacre de Reims et à la fête de la Fédération n’est pas vraiment Français». « Nous ne sommes pas une terre d’Islam, et si des Français peuvent être de confession musulmane, c’est à la condition seulement de se plier aux mœurs et au mode de vie que l’influence grecque, romaine, et seize siècles de chrétienté ont façonnés.  « Chez nous, on ne vit pas en djellaba, on ne vit pas en voile intégral et on n’impose pas des mosquées cathédrales ». Marion Maréchal Lepen s’est inspirée de l’historien Marc Bloch,  fusillé par les nazis en 1944, qui écrivait, dans L’étrange défaite[xiv] : « Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire de France, ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération »[xv]. La déconnexion des élites et d’une partie de la population issue de l’immigration par rapport aux héritages historiques ressemble en effet à la déconnexion de la bourgeoisie en France avant la défaite de 1940 soulignée à l’époque par Marc Bloch.

La victoire du Front national qui confirme son statut de premier parti de France en voix à l’occasion des élections régionales indique le retour de la politique sur ces enjeux fondamentaux, qui sont de nature géopolitique. Marion Maréchal Lepen opère la synthèse entre les deux branches de l’identité nationale française, celle qui insiste sur l’héritage de la France chrétienne avec le baptême de Clovis à Reims et l’héritage de la France de la révolution française depuis 1789. Cette volonté d’allier ces deux conceptions de la Nation et de rassembler la Nation française, ressemble à la synthèse bonapartiste (pour éviter la guerre civile après la révolution), mais aussi au Gaullisme qui se positionne en idéologie de rassemblement, mais qui insiste sur les origines tant chrétiennes que révolutionnaires de la France et la nécessité de se fondre dans cet héritage pour que la France reste la France. Avec ces mots, la tradition assimilationniste de la France est remise à l’honneur, ainsi que la primauté de la civilisation européenne au sein de laquelle la Nation française s’est épanouie sur son territoire. Cette approche s’oppose à l’idéologie égalitariste et relativiste et hors sol, c’est à dire sans référence au lieu, d’où la précision que la France n’est pas une terre d’Islam, car elle n’a pas vocation à être conquise et islamisée. On touche ici à la question de la souveraineté et de la sécurité identitaire à l’intérieur des frontières nationales, mais aussi européennes, car ce débat traverse toutes les Nations européennes. C’est aux nouveaux arrivants de s’adapter, pas aux Français. « A Rome, fait comme les Romains. »  Les accusations de fascisme ou de racisme de la part de leurs adversaires politiques est donc mensonger et décalé de la réalité historique de la France, car il s’agit de culture et de civilisation sur un territoire, et non pas de race[xvi]. Le « reductio ad Hitlerum » révèle surtout le manque de contenu politique des partis au pouvoir, et donc d’arguments, mais aussi leur inculture profonde de l’Histoire de France. Les propositions du Front national sont les plus proches des idées gaullistes en remettant au centre la souveraineté, la Nation, et la réhabilitation de la frontière. Ces idées sont par ailleurs largement partagées chez les citoyens, surtout à droite de l’échiquier politique mais les logiques d’appareils masquent cette réalité. Nicolas Sarkozy a déclaré que le vote FN n’était pas anti-républicain, et insisté sur la question de l’immigration et la notion de frontière. Il  a précisé qu’ « on a fait l’Europe pour nous protéger; pour défendre la civilisation européenne, pas pour nous exposer… »[xvii]. Philippe de Villiers[xviii], retiré de la vie politique, a aussi exprimé des idées proches. Le  désir de retour à la civilisation européenne et aux fondements de la Nation française, contre le déracinement provoqué par l’idéologie mondialiste hors sol des années précédentes, est un processus géopolitique inexorable, même s’il rencontrera des obstacles de la part de ceux qui veulent garder le pouvoir et ses avantages. Le débat géopolitique sur cet aspect ne fera que s’amplifier.                       

Perspectives géopolitiques

Le diagnostic : la dimension « conflit de civilisation » de cette guerre  

Si l’on parle de guerre, alors il faut agir comme à la guerre. Si le pouvoir politique ne veut pas utiliser les moyens de la guerre, alors il faut arrêter de mentir aux citoyens. Si la guerre est déclarée, il faut se donner les moyens de la gagner, et donc établir le bon diagnostic à l’origine. La guerre ne peut se passer de stratégie géopolitique, afin de reprendre la maîtrise du territoire national et européen et protéger les populations qui y vivent, mais aussi battre l’ennemi sur son propre territoire.

Le scénario suivant de la dégradation de la sécurité européenne devient plausible :  il a été souligné sur ce site dans des articles précédent (http://www.eurocontinent.eu/2015/10/crise-migratoire-le-grand-soir-des-utopistes-europeens-masque-les-conflits-geopolitiques-du-futur/ ; http://www.eurocontinent.eu/2015/11/les-europeens-entre-deux-arcs-de-tension-limperatif-continental-pour-faire-face-aux-enjeux-geopolitiques-de-securite/)

« En réalité, avec l’immigration de masse se préparent les conflits de demain sur le sol européen et selon le scénario du pire, des guerres civiles de nature religieuses à l’image de la Syrie, ou ethniques comme en Afrique, manipulées par des acteurs extérieurs hostiles. Dans l’histoire, toute société trop fragmentée incapable d’imposer un ciment commun a fini par s’effondrer. Pour preuve de ces conflits qui s’annoncent, les Islamistes menacent déjà les chrétiens[xix] dans les centres de réfugiés en Allemagne. 

La constitution parallèle d’États islamistes hostiles sur le flanc Sud de l’Union européenne, comme l’État islamique, combiné aux flux incontrôlés de populations,  augmente le risque d’instrumentalisation des minorités sur le sol européen pour déstabiliser les sociétés par la pratique du terrorisme et exercer un chantage politique, ou de manière plus indirecte, par une pression croissante sur les modes de fonctionnement des sociétés européennes poussant à la destruction progressive de leur identité d’origine. Une partie des migrants viendra inéluctablement grossir les minorités refusant leur assimilation aux mœurs nationales, et leur rejet par les citoyens de souche renforceront les frustrations réciproques. Cela pourrait faciliter le basculement de certains d’entre eux dans les rangs d’une cinquième colonne manipulable par les États extérieurs hostiles. Ce sont les minorités violentes qui impriment leur marque dans l’histoire. » 

Le scénario décrit précédemment devrait être abordé dans le contexte de conflit de civilisation. Le conflit de civilisation, qui s’exprime au niveau des représentations rivales ne sont pas des vues de l’esprit. Ces représentations se confondent avec la réalité car si les islamistes raisonnent de cette manière, on est obligé de les prendre en compte même si l’on refuse le concept de conflit de civilisation, car les ennemis de la Nation française et de la civilisation européenne dans ses caractéristiques organiques et idéologiques agissent et l’on est obligé de réagir.  On ne choisit pas ses ennemis, c’est eux qui nous ont choisi. Le conflit est avant tout d’origine politico-religieuse et non pas d’origine sociale et économique même si ce facteur existe et aggrave le processus.

Le concept de conflit de civilisation, même s’il est instrumentalisé dans les jeux de pouvoirs entre acteurs, est une aussi réalité car les jihadistes, qu’il soient plus ou moins incultes ou non sur les questions religieuses comme il a été souvent souligné,  sont mobilisables sur cette représentation, et cette représentation du monde devient donc la réalité, car les effets, les attentats terroristes, en sont des conséquences concrètes. Même si l’on cherche à nier cette situation, nous sommes en face de gens qui adhèrent au conflit de civilisation, nous sommes donc de facto obligés d’y faire face, car nous sommes attaqués, et si on ne se défend pas, on se soumet !

La dimension géopolitique de cette guerre

A une force ennemie, c’est au contraire une force déterminée qu’i faudrait opposer sur le théâtre de guerre interne.

On peut considérer qu’il existe plusieurs  dimensions dans cette guerre, que l’on ne peut pas nommer  « guerre contre le terrorisme » on l’a dit, car le terrorisme n’est que le moyen utilisé par l’adversaire pour nous attaquer. Il est donc nécessaire de nommer l’ennemi, car l’ultime définition de la politique est d’établir la séparation entre l’ami et l’ennemi selon Carl Schmitt. 

Il est aussi nécessaire de s’attaquer à la source du problème : L’ennemi, c’est non seulement l’Etat islamique mais aussi l’islam radical. Ensuite, dans le cadre d’une stratégie, la hiérarchisation des territoires est nécessaire : le théâtre d’opération prioritaire est le théâtre national pour la simple raison que puisque des actes de guerre se sont déroulés sur le territoire national, la sécurité des citoyens Français et Européens est prioritaire. La riposte nécessaire sur les territoires extérieurs sera plus difficile et aléatoire car elle dépend des alliances à construire et  implique de pénétrer le territoire de l’ennemi.

Les deux volets de la guerre sont :

-Le combat contre L’Etat islamique sur tous les théâtres, y compris le sol européen où il possède des ramifications dans les cinquièmes colonnes que constituent les islamistes radicaux issus de minorités non assimilées ou de convertis.

-Le combat de civilisation, dont l’objectif est de s’attaquer à la source idéologique, le prosélytisme islamiste sur les théâtres français et européens en priorité, mais aussi dans la proximité géographique de l’Europe et au niveau mondial. La défaite de l’Etat islamique pourrait aboutir à la constitution d’une autre entité islamiste radicale dans un autre lieu, notamment en Libye.

Cette guerre mélange ainsi des éléments de guerre classique,  comme la guerre entre l’Etat français et ses alliés contre l’Etat Islamique, et la dimension géopolitique de conflit des idéologies sur les territoires mettant en scène des représentations rivales pour le contrôle des populations. On pourrait ainsi qualifier cette guerre de conflit de civilisation entre l’Islam politique et radical et la civilisation européenne dans sa composante organique et culturelle.  L’enjeu est la conquête du territoire et des populations qui y vivent et les deux idéologies s’entrechoquent  sur ces différents théâtres, les territoires nationaux, européens, mondiaux et le cyber-espace. D’un côté, il s’agit de faire prévaloir en France et en Europe, les valeurs européennes, mais aussi le respect des coutumes, cultures et traditions, face au prosélytisme radical-islamiste qui voit l’Europe comme une terre de conquête pour s’attirer de nouvelles loyautés dans les populations au moyen de la propagande et la violence. Parallèlement, la lutte doit être menée  contre la cristallisation d’un califat au Moyen-Orient qui a vocation à s’étendre pour réunir l’Oumma, la communauté des musulmans dans un même territoire. Nous sommes bien face à un conflit de territoire, et donc un enjeu géopolitique, car les deux projets entrent en rivalité sur les territoires.

Réarmer les nations européennes pour gagner cette guerre

Il n’est plus possible de poursuivre la fuite en avant dans le sans-frontière et le multiculturalisme idéologique qui permet à l’Islam politique et radical de proliférer sur le sol européen. Cette tentation est aussi issue de la vacuité culturelle de l’industrie du loisir qui réduit Paris à des terrasses de cafés, alors que la France est une civilisation millénaire. 

C’est la faiblesse de la Nation française et des Nations européennes, avec la perte de transmission de leur propre civilisation, qui est la plus grande menace. C’est aussi par une politique d’alliances que leur renaissance pourrait être réamorcée.

Les alliances :

Une alliance euro-continentale : L’axe passant par la France, l’Allemagne et la Russie pourrait devenir l’axe de la Reconquista pour un projet européen d’envergure continental basé sur la civilisation européenne afin de permettre aux Nations européennes de se réapproprier leur destin.

La France et l’Europe devraient faire prévaloir leur propre civilisation qui est une synthèse entre caractéristiques organiques et culturelles, incluant les valeurs.

Les Français seraient avisés de réviser l’idéologie égalitariste car une hiérarchie est nécessaire avec la soumission de tous les citoyens aux principes nationaux et républicains, non seulement en ce qui concerne les valeurs mais aussi les coutumes et les traditions française. Alors la cohésion nationale sera possible. Le « vivre ensemble »  qui fait la promotion de la cohabitation de communautés qui vivent côte à côte est une imposture politique et  prépare les conflits futurs car ces communautés entrent en  rivalité pour le pouvoir si elles n’ont pas la même conception de la Nation. Une lecture à la lettre de la laïcité à la française ne tient plus aujourd’hui devant le défi de conflit de civilisation, car cette conception devient un cheval de Troie pour le prosélytisme islamiste et en particulier le Salafisme. La civilisation chrétienne et laïque, à l’image du concept allemand de Leitkultur, doit rester la culture dominante. Il faut rappeler que la laïcité provient de la chrétienté et donc les deux conceptions de la Nation en France, la Nation issue de la révolution de 1798, et la nation historique issue du baptême de Clovis devraient être complémentaires face à une menace commune, qui est l’agression de l’Islam radical en France et en Europe.

Une alliance euro-continentale permettrait précisément d’avoir un ciment commun avec les Allemands qui mettent en avant le concept de  culture dominante (Leitkultur) car une part croissante de la population y est attachée. La montée progressive des partis comme l’AFD, la majorité des membres de la CDU et de la CSU, et la popularité croissante des mouvements anti-immigration souligne le besoin affiché de plus en plus d’Allemands de préserver leurs racines.

Le rapprochement avec la Russie est nécessaire, non seulement pour les opérations militaires en Syrie mais aussi dans un cadre plus général : le rapprochement entre chrétienté et orthodoxie doit faire contrepoids à la montée de l’Islam politique et civilisationnel. La Russie orthodoxe privilégie déjà sa propre civilisation, et même si l’Islam à sa place, il est compatible avec l’idéologie nationale dominante. L’empathie ressentie en Russie après les attentats de Paris fut énorme, d’autant plus qu’ils ont aussi subi une attaque terroriste de grande ampleur avec l’explosion d’un l’avion de ligne en Egypte, également revendiqué par l’Etat islamique.

Les pays d’Europe centrale et orientale ont interprété leur adhésion à l’Union européenne comme un retour à la civilisation européenne, d’où leur opposition à  la destruction de leur identité nationale face à la crise migratoire, et devraient comprendre que la menace islamiste exige un  rapprochement avec la Russie. Comme en Russie, ils observent avec inquiétude la faillite de la société multiculturelle Ouest-européenne que l’on a cherché à leur imposer.

Les Nations d’Asie centrale sont aussi des alliées naturelles dans ce combat car leur conception de l’Islam s’accorde avec la vision occidentale. La laïcité dans ces pays de tradition musulmane majoritaire est un héritage qui est parfois mieux préservé qu’en Occident.

Conclusion:  vers des décisions qui se démarquent des tabous précédents ?

Le paradoxe est que les premières décisions prises par le gouvernement français en réaction à ces attentats, vont à l’encontre des dénis et tabous exprimés  précédemment : 

-La  suspension provisoire de Schengen, du moins en paroles car le gouvernement n’a plus les moyens de contrôler les frontières de manière effective avant la reconstitution de douanes digne de ce nom.

-La volonté de limitation du nombre de migrants issus de la crise migratoire au delà des quotas entérinés par la France, mais l’ambiguïté règne sur cette question qui ne fait l’objet d’aucun consensus au niveau européen .

-Au niveau international, la posture du gouvernement qui s’était arcquebouté sur un changement de régime en Syrie, a volé en éclat, mais le discours est loin d’être en accord avec les faits.

Comme ce conflit est destiné a se poursuivre pour plusieurs années voir décennies, il devrait être pensé dans le durée. On se doute bien que le pouvoir actuel n’est pas capable d’opérer un tel retournement du jour au lendemain car cela serait contraire à son essence même. La prise en compte complète de la dimension de ce conflit et les mesures radicales qui s’imposent pour gagner cette guerre ne seront possible qu’après un changement de gouvernement, voire de régime.

Un constat s’impose : le conflit qui s’ouvre met définitivement un terme au scénario d’une Union européenne de type fédéral. La montée en puissance d’une gouvernance européenne  lâche, fédéralisée et dépolitisée et donc irresponsable,  en parallèle de l’affaiblissement des Etats-nations favoriserait la multiplication de zones grises sur le territoire de l’Union européenne et l’incrustation de réseaux islamistes.

Le projet européen peut être repensé comme un instrument permettant d’assurer les équilibres géopolitiques entre ses membres notamment franco-allemand et d’assurer la promotion de la civilisation européenne. Cela nécessite une réforme radicale de l’Union européenne qui a privilégié jusqu’ici un projet hors sol, communautariste, mondialiste et libéral détaché des vrais racines de l’Europe. Les institutions européennes, après avoir abandonné définitivement le registre de l’utopie, peuvent évoluer pour jouer le rôle de plate -forme afin de faciliter les alliances européennes et politiques communes pilotées par les Etats-nations.

Les mesures  suivantes seraient aussi appropriées :

-Réformer de manière radicale le système Schengen de manière à  renforcer les frontières extérieures, mais surtout de réinstaurer les frontières nationales qui seront toujours plus efficaces, non pas de manière totalement hermétique, mais pour filtrer les flux. Il s’agit aussi de promouvoir des échanges d’information plus efficaces en matière de terrorisme.

-Freiner de manière radicale les flux d’immigration car il en va des équilibres nécessaires à la cohésion nationale.

-La tentation de « vivre comme avant » est irresponsable alors que la Nation est attaquée . Dans une situation de guerre, il est nécessaire pour  les citoyens  de changer leur mode de vie  en fonction des intérêts supérieurs de la Nation. Après la stupeur, la compassion et la colère, doit venir le temps de la force déterminée, froide et clinique pour combattre un ennemi d’autant plus mortel, qu’il a pour avantage de vouloir se sacrifier pour nous éliminer. Ce n’est vraiment pas le moment de lever le drapeau blanc mais de mener la contre offensive sur les différents théâtres.

-Se démarquer de l’obsession de la peur de l’amalgame et du concept de  « vivre ensemble »  qui masquent l’idéologie multiculturaliste des gouvernements successifs et escamote les débats de fond. Les Français ont le droit de refuser de « vivre ensemble » avec des ennemis sur leur territoire. Les procès inquisitoires en islamophobie font le jeu des Islamistes radicaux et des terroristes. les terroristes cherchent précisément à nous terroriser afin que nous soyons tellement tétanisés que nous nous ne puissions pas répondre, et faire comme avant, commis si de rien n’était.

-Dénoncer l’électoralisme qui a permis aux islamistes de proliférer sur le sol européen grâce an sentiment d’impunité,  incruster leurs réseaux,  faire construire des mosquées financées de l’étranger et tolérer les prêches radicales et les imams importés dont la plupart ne s’expriment même pas en français.  

-Réformer l’enseignement en insistant sur l’attachement à la Patrie et à la Nation avec tous ses grands hommes et son histoire,  se débarrasser du relativisme civilisationnel et du vide prôné par les réformes destructrices en matière d’enseignement en France dont l’objectif est de couper tout lien des Français avec leurs racines pour les  noyer dans la société multiculturelle et l’immigration de masse.


[ii] Valeurs actuelles, N°412, dossier spécial de 33 pages

 

 

 

 

 

[iii] « Nous connaissons l’ennemi, c’est la haine; celle qui tue à Bamako, à Tunis, à Palmyre, à Copenhague, à Paris et qui a tué naguère à Londres ou à Madrid. L’ennemi, c’est le fanatisme qui veut soumettre l’homme à un ordre inhumain, c’est l’obscurantisme, c’est-à-dire un islam dévoyé qui renie le message de son livre sacré. Cet ennemi nous le vaincrons ensemble, avec nos forces, celles de la République, avec nos armes, celles de la démocratie, avec nos institutions, avec le droit. » Discours de François Hollande, Invalides, Hommage aux victimes du 13 novembre,  vendredi 27 novembre 2015

 

 

 

 

 

[v] La Méditerranée, l’espace et l’histoire,  Fernand Braudel, Flammarion, 1985, p.6

 

 

 

 

 

[vi] Le magazine Valeurs actuelles a révélé le refus de Manuel Valls de recevoir une listes de terroristes de la part du Président Bachar el Assad sous prétexte que le dialogue devait être rompu avec un « dictateur ». Les livraisons d’armes de la France mais aussi des Etats-Unis au rebelles syriens ayant abouti aux mains d’Al Qaïda (Al Nosra) st aussi en cause. Ces épisodes aurait du devenir une affaire d’Etat et faire l’objet d’une commission d’enquête parlementaire. Valeurs actuelles, N°412, dossier spécial de 33 pages

 

 

 

 

 

[xiii] Sur cette question, l’ouvrage de Philippe de Villers est pertinent : « Le moment est venu de dire ce que j’ai vu », Albin Michel, 344 p.

 

 

 

 

 

[xiv] L’étrange défaite, Marc Bloch, 1940, réédité en 1990,  Gallimard, 326 p.

 

 

 

 

 

Annexe

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